ORGUE
| 1. Pourquoi un nouvel orgue? |
| 2. Choix du type d‘instrument |
| 3. Le facteur d‘orgues |
| 4. La composition des jeux |
En
décembre 1996, notre paroisse décida d‘acquérir un nouvel orgue à tuyaux
pour son église St Nicolas.
En effet, après maintes transformations (1930, 1948, 1970, 1978), l‘ancien orgue se résumait à un amalgame de jeux provenant de divers facteurs. Lors d‘une visite des lieux, aucun des facteurs contactés ne jugeait utile une récupération, ne serait-ce que partielle, des tuyaux aux fins d‘intégration dans un autre instrument.
Le nouvel orgue a trouvé sa place dans le choeur de l‘église. Ainsi il forme avec l‘autel, la chorale et l‘assemblée des fidèles une unité qui a une influence favorable sur la célébration de la liturgie. En outre, l‘instrument constitue une plus-value significative pour la vie culturelle de notre commune.
2.1. Dans sa longue histoire, l‘orgue a connu des périodes d‘esthétique bien différente, tant sur le niveau sonore que sur le plan mécanique. Face à cet amalgame de genres parfois contradictoires, les responsables de la construction de l‘orgue de Soleuvre ont dû faire un choix. Finalement, la décision revenait en faveur d‘un orgue classique allemand, suivant l‘esthétique de Gottfried Silbermann. Qui était cet illustre facteur d‘orgues?Né en Saxe le 14 janvier 1683, et après un séjour de huit ans en Alsace où il apprenait son métier, il retourne en son pays natal pour s‘établir à Freiberg.
Les plus grands et les plus célèbres instruments de cette région sont sortis de ses ateliers: Dresde, Freiberg, Pfaffroda, Zöblitz, Nassau, etc… Ceux de Ponitz, Nassau et Grosshartmannsdorf sont encore parfaitement conservés. Silbermann eut la chance d‘être hautement estimé par Johann Sebastian Bach pour qui il livra plusieurs instruments en suivant ses directives. N‘était-ce pas là une extraordinaire référence et une reconnaissance indiscutable de la qualité de son travail et de son esthétique? Gottfried Silbermann mourut à Dresde le 4 août 1753.
2.2. L‘orgue de Soleuvre est donc conçu dans le respect absolu des instruments construits par Gottfried Silbermann. La composition peut être interprétée comme suit:complet du 16 pied au 1er pied: il faut savoir, en effet, que la Quinta 3‘ du 2e clavier, la Quinta 1 1/3 et le Sifflöt 1‘ du 1er clavier sont des jeux principaux (et non des flûtes comme le Nasat et le Larigot avec lesquels il ne faut pas les confondre), que la Sesquialtera est la „Klangkrone“ (elle commence par la petite tierce 4/5‘ pour répéter en 1 3/5‘ sur le 3e Do). A propos de la Quinta 1 1/3, on lit dans le devis de G. Silbermann pour l‘orgue de Freiberg qu‘elle est construite en taille principale: „eine Quinte spiziger Mensur“, (spizig ne signifiant pas conique, mais indiquant une sonorité aiguë et scintillante. Les flûtes („der Weitchor“) ne sont pas en reste: grand bourdon, bourdons à cheminée, flûtes coniques (y compris la Viola da Gamba – „scharf und leicht streichend“), sans oublier le Grand Cornet à 5 tuyaux par note, posté en hauteur derrière la façade, jeu que Silbermann a appris à connaître par la facture française. Le Quintatön 8‘ du 3e clavier, de par sa sonorité creuse caractéristique, pourra être utilisé en soliste mais servira aussi à colorer richement le Gedeckt (Bourdon) 8‘ placé à ses côtés.
L‘Unda Maris de l‘Oberwerk n‘a rien à voir avec notre habituelle Voix céleste. C‘est en réalité un deuxième Prinzipal 8‘, de taille plus étroite que le premier. Volontairement légèrement désaccordé, soit par au-dessus soit par en-dessous suivant l‘humeur du facteur d‘orgue, il ne doit être utilisé qu‘avec le Prinzipal 8‘. On peut lire dans le devis de Marpurg (1757-58); „Die Unda Maris ist ein eng mensurirtes Principal von 8 Fuss, das neben dem ordentlichen Principale von diesem Ton steht, aber ein klein wenig höher gestimmt ist, und wenn es mit diesem zusammen gezogen wird, einen schwebenden Klang verursachet“.
Du
côté des jeux d‘anches, on apprendra que le Posaunenbass 16‘ n‘a rien de
comparable avec la Bombarde éclatante en étain à la française: il est
construit en bois; par contre les trompettes sont sonores et fortes. Le jeu
soliste Vox humana a toujours eu la faveur de ce facteur d‘orgues: on le
trouve pratiquement dans tous ses instruments, le plus amusant étant celui de
la Hofkirche de Dresde enfermé dans une petite caisse en bois que l‘organiste
peut ouvrir ou fermer à sa guise en prenant néanmoins le temps de grimper au
sommet de l‘orgue, sous la voûte!!!
Dans les archives de la ville de Freiberg se trouve le devis manuscrit de Gottfried Silbermann pour l‘orgue de la cathédrale; en ce qui concerne l‘harmonie et la sonorité de l‘instrument dont il a eu commande le 8 octobre 1710 (3 claviers avec 45 jeux!), on peut lire: „Ich verspreche, dem Haupt-Manual einen recht gravitätischen Klang zu geben, das Oberwerk scharf und spizig, die Brust recht delicat und lieblich zu intoniren, die Bässe starck und durchdringend zu machen“: Beaucoup de bonnes choses mais ne vaut-il pas mieux aller l‘écouter ?
2.3. La manufacture d‘Yves Koenig à Sarre Union a donc réalisé les plans du nouvel orgue de Soleuvre en respectant à la lettre la conception intérieure d‘un instrument de l‘illustre facteur saxon.
L‘implantation des sommiers, donc des différents plans sonores, à l‘intérieur du buffet d‘orgues est la suivante: au premier niveau de la façade se situent: les tuyaux du Brustwerk derrière la tourelle centrale; à droite et à gauche de ce Brustwerk, les 2 sommiers du Hauptwerk, au deuxième niveau de la façade seront placés les sommiers de l‘Oberwerk, les grands sommiers des jeux de Pédale sont disposés par terre, à l‘arrière, mais seront intégrés au buffet comme habituellement chez Gottfried Silbermann pour des orgues de cette importance.
En effet, ce buffet est une seule et unique grande caisse de résonance qui contient tous les éléments de l‘orgue. Il est réalisé en chêne de premier choix, travaillé en cadres et panneaux, assemblé de manière artisanale et traditionnelle par tenons-mortaises et chevillé. Les corniches sont moulurées avec adjonction de décors sculptés. Les plafonds sont confectionnés en sapin, ce bois est teinté à la cire naturelle.
La
console des claviers intégrée au milieu du buffet est disposée „en fenêtre“
sous la façade afin de trouver le chemin le plus direct pour la mécanique. Les
touches des claviers, axées en queue pour faire levier, sont en épicéa, les
notes naturelles sont plaquées d‘ébène, les feintes en ébène plaquées
d‘os. Les tirants des registres carrés sont placés de part et d‘autre des
claviers et disposés de façon logique par rapport aux plans sonores.
La mécanique des notes des 3 claviers (168 mécanismes!) est suspendue directement aux soupapes par l‘intermédiaire de vergettes et de rouleaux d‘abrégés en bois. La mécanique de la pédale (30 mécanismes) est tirée par vergettes, abrégés et équerres en bois.
Les tirants des jeux de section carrée sont en chêne, ainsi que les tournants octogonaux portant des bras en acier forgé à la main et montés à chaud. Les sabres déplaçant les règles à l‘intérieur des sommiers sont, suivant leur emplacement, soit en bois, soit en acier.
L‘alimentation en vent de l‘instrument est assurée par trois soufflets en sapin, garnis de peau de mouton biseautée. Les porte-vent conduisant l‘air sous pression de la soufflerie aux sommiers sont en sapin et les deux tremblants doux sont placés dans le porte-vent des claviers manuels. Les postages conduisant le vent des sommiers aux tuyaux de façade et aux tuyaux graves postés hors sommiers sont en plomb.
Les sommiers sont à gravures et registres coulissants, les soupapes en cèdre garnies d‘une double épaisseur de peau d‘agneau. Les boursettes qui assurent l‘étanchéité des mécanismes entrant dans les sommiers sont en peau de chevreau.
Tout le métal des tuyaux a été fondu, raboté et martelé, façonné et soudé de manière artisanale dans les ateliers de Sarre-Union. Les tuyaux principaux (dont les grandes façades) sont en alliage d‘étain de 85%, alors que les flûtes sont à 20% d‘étain (alliage appelé „étoffe“). Les tuyaux en bois sont confectionnés en bois de sapin.
Le Maître Facteur d‘Orgues Yves KOENIG de Sarre – Union (Alsace) a pris la succession de son père, Jean-Georges KOENIG (1920-1992), qui lui a évidemment transmis tout son savoir-faire et, à force de travail et de réflexion, il obtint le titre „Maître Facteur d‘Orgues“ en 1977.
Il a été chargé par les Monuments Historiques de France de restaurer avec deux collègues alsaciens le merveilleux orgue construit en 1734 par André Silbermann à Ebersmunster. De ses réalisations dans le style classique français on notera les orgues de la cathédrale de RODEZ, de MENDE, de St. AVOLD, de CHARLEVILLE-MÉZIÈRES, d‘OSAKA (Japon). Mais ce qui fut le plus déterminant pour nos amis soleuvrois a été en 1996 la visite de l‘orgue de l‘église St-Guillaume à STRASBOURG (le plus pur de ses instruments « alla Gottfried Silbermann »).
|
Hauptwerk |
Oberwerk |
Brustwerk |
| Gedeckt 16’ | Principal 8’ | Gedeckt 8’ |
| Principal 8’ | Gedeckt 8’ | Gemshorn 4’ |
| Viola da Gamba 8’ | Quintatön 8’ | Nasat 3’ |
| Rohrflöte 8’ | Octav 4’ | Gemshorn 2’ |
| Octav 4’ | Rohrflöte 4’ | Sesquialtera |
| Spitzflöte 4’ | Octav 2’ | Quinta 1 1/3’ |
| Quinta 3’ | Mixtur 3 Fach 1’ | Sifflöt 1’ |
| Super Octav 2’ | Krumbhorn 8’ | Vox Humana 8’ |
| Tertia 1 3/5’ | Unda Maris 8’ | |
| Mixtur 4 Fach 1 1/3’ | ||
| Trompete 8’ | ||
| Cornet 5 Fach |